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Portrait de pro: Laurent RODRIGUEZ, photographe culinaire
Publié le : 22 septembre 2015 - Catégorie : Tendances métiers

Nous poursuivons notre série de portraits de professionnels en rencontrant aujourd'hui Laurent RODRIGUEZ, photographe culinaire, qui partage avec nous son parcours et sa vision du métier.

Notre série “Portraits de pros” a pour objectif de donner la parole à des créateurs professionnels en activité, afin qu’ils puissent nous parler de leurs parcours, de leur vision du domaine, et aussi pour partager quelques conseils avisés afin d’envisager une insertion professionnelle dans les meilleures conditions.



Comment est née votre envie de photo?
Le déclencheur, ça aura été un appareil photo que mon oncle m’avait offert pour un anniversaire.
J’avais 12 ans, et dès lors, la photo ne m’a plus jamais quitté. J’ai ainsi passé beaucoup de temps quand j’étais adolescent à tenter de reproduire les photos de publicité de parfum que je voyais dans les magazines, à construire mes propres compositions et aussi à m’amuser avec les photos de famille.

Quel a été votre parcours pour que cette envie se transforme en activité professionnelle?
J’ai d’abord poursuivi ces premières explorations avec un club photo où j’ai appris à réaliser mes tirages, jusqu’à avoir mon propre labo personnel au domicile de mes parents.
Après le bac, j’ai fait une école de photo à Tours, et j’ai eu la chance de préparer ma formation en alternance chez M. Daniel Lepissier. Maintenant à la retraite, il était à l’époque photographe portraitiste de grand renom: c’est un très grand talent, et je tiens à le remercier ici. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir apprendre avec lui les fondements du métier, notamment au soin à apporter en matière d’éclairage et ça m’a vraiment donné l’envie de continuer et à en faire mon métier.
Déjà à cette époque, la photo était une activité où il fallait réussir à faire sa place. En tant que créatif, la clé réside, je pense, dans le fait de travailler son book constamment, et ce tout au long de sa carrière. L’aiguiser d’années en années, c’est pour moi LE vrai fil rouge qu’il faut tisser, et c’est une notion qu’il faut vraiment transmettre.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous diriger vers votre spécialité de la photographie culinaire?
Il m’aura fallu dépenser beaucoup d’énergie pour y arriver, et j’ai souvent dû créer moi-même les opportunités dont j’avais besoin pour progresser, étape par étape.
Je fais partie d’une génération qui avait des obligations militaires, et je suis allé dans un collège en ZEP (Zone d’Education Prioritaire). Nous y avons imaginé, avec mon binôme, un journal pour raconter le quotidien de cet établissement que j’avais donc pour mission d’illustrer avec mes photos. Une fois libéré de mon service militaire, j’ai énormément démarché pour devenir assistant photographe sur Paris: cela a été difficile, mais j’ai réussi à décrocher un poste au sein du studio COLIN­GENTE, fondé par les premiers assistants du Studio RAUZIER-RIVIERE (une référence).
En parallèle, j’ai enchaîné les petits boulots de nuit pour payer mon loyer, et j’ai commencé mes activités en tant qu’indépendant pour pouvoir facturer les premiers contrats que je commençais alors à décrocher.
Après beaucoup de précarité, j’ai eu la chance de pouvoir bénéficier d’une série de contrats plus stables avec des postes d’assistant chef de studio. Je bouge alors entre beaucoup pour de très nombreuses expériences dans la publicité avec une très grande diversité d’environnements comme la mode ou d’autres produits de luxe.
C’est une petite annonce dans une émission de Canal + (La Grande Famille) qui m’a amené à Reims pour un poste d’assistant de chef de studio. J’avais là l’occasion de poser mes valises et de gagner en stabilité professionnelle. En 2000, j’ai eu un pépin de santé qui m’a contraint à abandonner ce poste et une fois que j’ai été rétabli, j’ai vécu une autre aventure en allant en Vendée au Studio Océan, qui bénéficie de larges installations pour des mises en place de photo sur des centaines de m2 (notamment pour de la décoration intérieure, de l’automobile...). Il s’agissait là encore d’un nouveau métier, de chef d’orchestre, avec de nombreuses techniques qui étaient totalement nouvelles pour moi, comme par exemple la gestion de la lumière continue ou encore la régie technique sur de grands plateaux.
A terme, j’ai découvert la photographie culinaire, avec un studio dont j’avais entendu parler sur Caen: un vrai déclic avec le studio Rougereau. Encore une fois, même si j’étais déjà bien confirmé, il a fallu que je montre une nouvelle fois patte blanche avec toute une phase d’entretiens, de compétition et de tests pratiques.
Au final, j’ai été choisi pour devenir directeur de studio. Je travaillais alors avec un chef cuisinier dans une cuisine intégrée, et toute une équipe pour servir les commandes de tous les grands comptes français en matière de gastronomie. J’ai à nouveau dû faire preuve d’humilité, car j’ai totalement ré­appris mon métier et j’ai vraiment beaucoup progressé (j’ai d’ailleurs, à cette occasion, complètement refondu mon book).
A terme, nous avons choisi avec mon frère, qui est chef de cuisine, de monter notre propre studio de photographie culinaire, où nous jouons à fond la carte de la fratrie “cuisinier + photographe”. Avec ce projet collaboratif à quatre mains, nous nous sommes donné aujourd’hui la possibilité de monter de larges prestations de services clés en mains, comme par exemple l’illustration visuelle complète d’un livre de recettes diététiques pour les adhérents d’une mutuelle de santé. Nous maîtrisons ainsi l’ensemble de la chaîne, de l’élaboration des menus jusqu’à la livraison du produit fini.

Pourquoi vos clients font­ils appel à vos services?
Aujourd’hui, il faut apprendre à “dézoommer” sur la nature de son intervention en tant que photographe. Je m’explique: on ne doit plus uniquement savoir faire de la photo, mais aussi apprendre à devenir conseiller en images.
Je pense surtout à la pédagogie dont il faut faire preuve auprès de ses commanditaires, afin de leur expliquer le bénéfice qu’ils peuvent avoir d’une intervention professionnelle comme celle que je leur propose. On doit aussi, et surtout, prendre du temps d’écouter ses clients. Se rendre ainsi disponible, c’est minimiser les périodes où il y a des baisses de régime (les commandes sont irrégulières) et renouveler les clients qui s’en vont (car naturellement, il y a toujours un moment, même si cela s’est très bien passé, où ils doivent “changer pour changer”). C’est un vrai travail de commercial, et il faut savoir le faire quand on est indépendant car personne ne le fera à notre place.
De manière générale et pour gagner en régularité, on a aussi le droit de retourner voir ses clients pour débriefer avec eux les retours qu’ils auront eus suite à notre prestation: quels résultats ont-ils obtenu avec la production et la diffusion d’une image de la toute première qualité? Ne serait-ce pas intéressant d’entretenir une relation pérenne afin que cet effort en matière d’image s’inscrive sur le long terme avec de futures collaborations?
On est dans une période assez dure commercialement, alors je pense qu’il ne faut pas hésiter à “aller à l’avant” de ses clients, c’est essentiel pour eux et pour nous.

Quelles sont les qualités personnelles qui vous semblent indispensables quand on veut devenir photographe?
D’un point de vue photo, si on n’en apprend pas tous les jours dans ce métier, ce n’est pas bon signe car cela veut dire qu’on est en train de perdre en termes de performance et que c’est le début de la fin. Il faut donc être très alerte par rapport à cet aspect des choses, et toujours aller à l’avant pour se renouveler, se perfectionner.
Après, je me répète, mais c’est le book qui est LE sésame: il permet de forger sa réputation et d’alimenter le bouche-à-oreille, qui s’anime surtout au travers des agences de communication.
D’un point de vue humain, je dirais qu’il faut être très tenace, tout en étant très humble.
La remise en question de sa production doit constamment être faite pour proposer le meilleur à ses clients. Il y a donc ici une notion d’exigence personnelle qui est à mettre au tout premier plan. Si on n’est pas soi-même intimement convaincu de la qualité de sa production, mieux vaut ne pas le proposer.
Il faut aussi apprendre à mettre son orgueil de côté et sa fierté dans sa poche: c’est plus facile en regardant ses photos d’un œil neuf, en passant aussi du temps à regarder le travail des autres, à explorer ce qui se fait de nouveau, à se comparer, à relever des défis pour être toujours au top.

Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui seraient intéressés pour se lancer dans cette spécialité?
En me retournant sur mon parcours, et hormis une très grande quantité de travail, je me dis qu’il faut être tout de même sacrément culoté pour faire de ce métier un gagne-pain: c’est bien une question de combat et il ne faut rien lâcher. Il faut essayer d’être le meilleur (quelle que soit sa spécialité).

Quels liens internet pour aller voir votre travail?
Tout d’abord mon site: laurent-rodriguez.com et ma page facebook studiolaurentrodriguez.
Ensuite, pour ce qui est de mon actualité, j’ai récemment illustré un livre sur une spécialité gastronomique locale, le biscuit rose de Reims, et je participe également au Festival International de la Photographie Culinaire qui se tient jusqu’au mois d’octobre au Pavillon France de l’Exposition Universelle de Milan.